L'inclusion par l'oralité

Seeds of Tellers est un projet qui utilise les contes et le patrimoine culturel pour promouvoir la communication orale chez les jeunes enfants.
L’oralité est une compétence essentielle à développer pour tout enfant, mais c’est aussi un bon moyen de promouvoir l’intégration des élèves souffrant de troubles spécifiques de l’apprentissage (DYS).

Image par Tumisu de Pixabay

Comme nous l’avons déjà vu dans les articles précédents, l’oralité est une composante essentielle du développement pendant l’enfance. En effet, c’est même le tout premier outil dont disposent les bébés pour communiquer lorsqu’ils prennent leur premier souffle. C’est également l’une des toutes premières aptitudes qu’ils développent pour interagir avec leur environnement pendant la petite enfance. De ce point de vue, il va de soi qu’un bon développement et la valorisation des compétences orales doivent être un point central tout au long du parcours éducatif des jeunes élèves.

Cependant, la réalité est que l’oralité est encore souvent laissée de côté pour favoriser le développement d’autres compétences telles que la lecture et l’écriture. Si la lecture et l’écriture sont également des compétences essentielles, leur base même est l’oralité. Et sans une base solide en oralité, il est difficile de développer d’autres compétences, en particulier pour un élève souffrant d’un trouble de la lecture/écriture.

Pendant longtemps, dans de nombreux systèmes scolaires, la place de la langue orale à l’école s’est surtout limitée au domaine de la rhétorique pure ou du discours du professeur uniquement, sans nécessairement aborder le développement de l’oralité chez les enfants en tant que tel.

Au cours des dernières décennies, les tendances ont évolué de plus en plus vers une oralité plus explorée et plus valorisée. Les compétences scolaires de base à l’école comprennent les aptitudes orales et il existe une volonté formelle d’enseigner les aptitudes orales aux élèves dès les premières années d’école.

Toutefois, dans la pratique, la présence de la compétence orale en classe en Belgique est encore relativement inégale aujourd’hui. Concrètement, la place de la langue orale dans la classe est principalement du ressort de l’enseignant. En effet, l’enseignant donne généralement des cours oraux avec des supports visuels et écrits à côté. Les élèves répondent aux questions et les posent également à l’oral. Toutefois, le temps de parole et le contrôle de la parole restent à la discrétion de l’enseignant. Il contrôle qui, quoi, quand et comment à tout moment.

En outre, comme le programme à couvrir est souvent très étendu, le temps consacré à l’apprentissage de l’oralité en classe en tant qu’objet d’apprentissage à part entière et non comme outil pour une autre matière se réduit de plus en plus à mesure que les élèves progressent dans les classes, simplement par manque de temps.

Si certaines activités entièrement consacrées aux compétences orales sont organisées par les enseignants pour développer ces compétences en classe, ces activités consistent souvent en des présentations, des récitations ou parfois des poèmes dans les classes inférieures. Bien que l'”expression orale” soit la norme, il ne s’agit souvent que d’exercices de présentation orale ou de récitation préparés à l’avance, et souvent par cœur (bien que la tendance du cœur soit à la baisse) et donc, peu spontanés.

Certains enseignants organisent parfois des débats ou des discussions ouvertes sur certains sujets vus en classe. Cela permettra de former les élèves, mais davantage à la rhétorique dans le sens de “convaincre l’autre” qu’à l’oralité en général. Là encore, il s’agit d’oralité contextualisée. Malheureusement, “apprendre à parler” est encore peu exploré dans sa globalité et est souvent confiné à des disciplines discursives spécifiques à l’école.

Le conte a parfois sa place dans les classes inférieures, et l'”heure du conte” est de plus en plus populaire auprès des jeunes enseignants et dans les bibliothèques. Néanmoins, cette heure du conte est le plus souvent consacrée à raconter des histoires aux enfants, et rarement à les écouter en retour. Les cas où des histoires sont utilisées à l’école, racontées par les enfants, sont plus souvent par cœur que spontanées. Cependant, un réel intérêt pour l’oralité chez les jeunes enfants est évident dans les sphères scolaires et parentales.

En effet, les compétences orales sont la base même sur laquelle les élèves vont développer leurs compétences en matière d’écriture et de lecture. Il a été prouvé que les élèves qui ont été stimulés à parler et exposés à un vocabulaire riche, réussissent mieux plus tard dans les œuvres littéraires et écrites que les élèves dont l’environnement oral était pauvre dans la petite enfance. En outre, plus le vocabulaire est riche, plus les processus de pensée sont riches et plus les idées sont variées.

Le développement de l’expression orale est également l’un des moyens d’inclure différents types d’élèves, en particulier les élèves souffrant de troubles spécifiques de l’apprentissage. Pour les élèves souffrant de troubles spécifiques de l’apprentissage qui peuvent être confrontés à des difficultés supplémentaires en matière de lecture et d’écriture, le développement précoce de l’expression orale peut être essentiel pour les aider à surmonter ces difficultés plus tard.

L’oralité elle-même peut être un défi pour certains élèves atteints de troubles spécifiques de l’apprentissage. Mais même dans ce cas, le fait de raconter des histoires offre une grande variété et une grande souplesse de matériel et d’exercices, comme des histoires sensorielles par exemple, qui peuvent aider les élèves atteints de troubles spécifiques du langage à développer leurs compétences oratoires dans un environnement sûr.

Le fait de raconter des histoires a également un effet positif supplémentaire qui leur permet d’aimer les contes et de les faire aimer, et par extension, de parler. La motivation est souvent l’un des outils les plus puissants dont on dispose lorsqu’on est confronté à un défi. Aider les élèves souffrant d’un trouble spécifique de l’apprentissage à apprécier les domaines dans lesquels ils peuvent être confrontés à des difficultés en raison de leur trouble revient à leur donner la motivation nécessaire pour s’en sortir et trouver les stratégies qui leur conviennent le mieux.

C’est pourquoi, dans Seeds of Tellers, nous faisons de notre mieux pour promouvoir la communication orale. Nous avons déjà mis en ligne sur notre site web un guide pédagogique qui aidera les éducateurs et les parents à trouver les bons outils et les bonnes méthodes pour promouvoir l’oralité par le biais des contes. N’hésitez pas à le consulter à l’adresse suivante : https://seedsoftellers.eu/fr/introduction-du-guide/ !

Références:

Etude : “Les pratiques déclarées de l’enseignement de l’oral au primaire. Qu’en est-il en Belgique francophone ?” par Stéphane Colognesi et Catherine Deschepper,  2019 (lien)

Projet similaires :

Des livres électroniques adaptés pour soutenir l’alphabétisation des apprenants défavorisés.

Ce projet vise à créer une méthodologie d’utilisation de la bande dessinée comme outil pédagogique pour l’apprentissage inclusif de l’anglais