Les défis du développement de l'identité culturelle

"Je suis étranger dans la patrie de mes parents et je suis étranger dans le pays où ils sont venus il y a presque trente ans". (Ratcheva, 2016)

Depuis 1990, le nombre d’immigrants en Europe est passé de 49,6 millions à 82 millions (UN DESA, 2019). Aujourd’hui, en 2020, après des siècles d’expérience, les pays de l’Union européenne ont encore du mal à trouver une stratégie efficace pour gérer l’afflux de millions d’immigrants. Le programme ” Creative Europe” s’est fixé un objectif ambitieux : assurer l’intégration sociale, culturelle, politique et économique des nouveaux arrivants (Commission européenne, s.d.).

Les scientifiques affirment qu’il y a une différence si les migrants sont forcés de se rendre dans un autre pays ou s’ils choisissent de le faire. La motivation a un grand impact sur leur adaptation et leur identification (Boğaç 2009). Les personnes qui sont très attachées à leur mère patrie mais qui sont forcées de migrer sont généralement plus affectées par une identité perturbée. D’autre part, les personnes qui ont choisi librement d’émigrer sont plus susceptibles de s’identifier à leur pays de destination. (Tartakovsky, 2013 ; Erikson, 2006 ; Relph, 1976 ; Wright et Rossi, 1981).

L’identité culturelle est un sentiment d’appartenance à un endroit. Le sentiment d’appartenance est un désir humain fondamental. S’il est désaturé, il exerce un stress sur chaque individu (Maslow, 1970). Chaque groupe de personnes fonctionne grâce à certaines règles. Suivre ces règles est la première étape pour faire partie de ce groupe (Alba, 2005). Mais avec quel groupe une personne doit-elle s’identifier le plus – sa famille, ses amis, ses camarades de classe, ses collègues, son groupe local de personnes, son groupe de migrants ?

L’identité repose à la fois sur les sentiments individuels d’appartenance et d’attachement, mais aussi sur la perception externe de l’identité par les autres (Simon, 2012). Les immigrants de la deuxième génération sont souvent tiraillés entre la culture de leurs parents et celle du pays dans lequel ils vivent. Les frontières définissant leur groupe sont floues. Ils développent leur propre identité culturelle entre deux cultures.

Le fait d’avoir des valeurs, une morale, des principes ou un mode de vie communs contribue à créer une relation entre les gens. La langue sert d’outil de transmission et d’expression verbale de ces croyances.  Parler la langue du pays où l’on migre augmente immédiatement les possibilités d’entrer en contact avec ses habitants et d’obtenir un emploi mieux rémunéré que si l’on ne parle pas la langue officielle. Puloka (2012) affirme que sans une communication efficace, il est impossible pour les personnes de posséder une forte identité personnelle, d’avoir un comportement socialement sanctionné ou de maintenir des relations sociales actives au sein du groupe culturel, etc. L’hypothèse de Sapir-Whorf affirme qu’une personne est limitée par l’étendue de la connaissance de sa langue et, par conséquent, parle et se comporte différemment en raison des limitations de sa langue (Lucy, J., 1997). Bilbatua et Ellis (2011) partagent l’expérience d’une immigrante de première génération sur son adaptation sociale. Elle s’est attaquée aux préjugés des résidents qui pensaient que l’incapacité à apprendre la langue officielle était liée à une faible intelligence ou au statut d’immigrant. En apprenant la langue, elle a remarqué que sa personnalité changeait selon qu’elle parlait la langue officielle ou sa langue maternelle. Le manque de language était un obstacle important à l’établissement de liens avec le groupe des résidents. L’expression de l’humour comme attribut caractéristique de la personnalité a été particulièrement difficile dans l’autre langue pendant longtemps.

Malgré l’attitude négative de certains autochtones qui pensent que l’immigration constitue une menace pour leur identité nationale et leur mode de vie, la crise migratoire de l’UE qui commence en 2015 a prouvé que, en raison de la nature de l’Union européenne, les nations ne pourront plus ignorer le problème (Conseil de l’UE, 2016).

Le projet Erasmus+ Bibliodos répond non seulement aux besoins des migrants en matière d’apprentissage de la langue de leur pays d’accueil, mais il promeut également le patrimoine et la littérature européens. Une personne pourra approfondir sa connaissance et sa compréhension de la culture européenne et améliorer ses compétences linguistiques grâce à une vaste bibliothèque numérique contenant de nombreuses pièces littéraires fondamentales. Chaque livre sera animé et illustré, adapté au niveau de langue A1+, adapté aux besoins des participants handicapés ou souffrant de troubles de l’apprentissage, adapté en langue des signes ou réalisé sous forme de livre audio pour les personnes malvoyantes. Tout le matériel sera accessible à tous sur le site internet du projet. Les résultats du projet encouragent le développement de compétences linguistiques efficaces et la compréhension entre les cultures européennes et autres, et favorisent davantage l’inclusion des utilisateurs handicapés ou souffrant de troubles d’apprentissage. Ne manquez pas le premier roman adapté de l’auteur français Guy de Maupassant Bel Ami qui est disponible sur le site web du projet.

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En collaboration avec: Citizens In Power / Πολίτες Σε Ισχύ, MYARTIST, Langues Plurielles, Les Apprimeurs, Istituto dei Sordi di Torino

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Image by Juraj Varga from Pixabay

References:

  • Alba, R. (2005) Bright vs. blurred boundaries: Second-generation assimilation and exclusion in France, Germany, and the United States, Ethnic and Racial Studies, 28:1, 20-49, DOI: 10.1080/0141987042000280003
  • Bilbatua, L. & Ellis, E. M. 2011, ‘Bilingual identity: language and cultural shift in the experience of a Basque-Spanish immigrant to Australia’, Voces Hispanas, vol. 8, pp. 10-15.
  • Boğaç, C., 2009. Place attachment in a foreign settlementJournal of Environmental Psychology, 29(2), pp.267-278.
  • Council of the EU, 2016. 4. 19. EU migration crisis: the inside story – documentary in English. [Video]. YouTube. Retrieved August 26, 2020, from https://www.youtube.com/watch?v=YnYzcl4QRgY
  • Erikson, K. (2006). Everything in its path. New York: Simon and Schuster.
  • European Commission. n.d. Refugees, Migration And Intercultural Dialogue – Creative Europe – European Commission. [online] Available at: <https://ec.europa.eu/programmes/creative-europe/cross-sector/refugees-migration-intercultural-dialogue_en> [Accessed 26 August 2020].
  • Lucy, J., 1997. Linguistic Relativity. Annual Review of Anthropology, 26(1), pp.291-312.
  • Maslow, A., 1992. Motivation And Personality. New York: Harper Collins.
  • Puloka, D., 2012. Cultural Identity And Heritage Languages. [online] Mckendree.edu. Available at: <https://www.mckendree.edu/academics/scholars/issue15/puloka.htm> [Accessed 26 August 2020].
  • Ratcheva, T., 2016. How Can We Find A New Way To See Ourselves? — Identity Crisis Of Second-Generation Immigrants. [online] Medium. Available at: <https://medium.com/diaspora-identity/how-can-we-find-a-new-way-to-see-ourselves-identity-crisis-of-second-generation-immigrants-f4d76cfb4d8b> [Accessed 26 August 2020].
  • Relph, E., 1976. Place And Placelessness. London: Pion.
  • Simon, Patrick. 2012. French National Identity and Integration: Who Belongs to the National Community? Washington, DC: Migration Policy Institute.
  • Tartakovsky, E., 2013. Immigration. New York: Nova pub.
  • United Nations, Department of Economics and Social Affairs, Population Division. International Migrant Stock, 2019. United NAtions databate, POP/DB/MIG/Stock/rev.2019 [online] Available at: <https://www.un.org/en/development/desa/population/migration/data/estimates2/estimates19.asp> [Accessed 26 August 2020].
  • Wright, J. and Rossi, P., 1981. Social Science And Natural Hazards. Cambridge (Mass.): Abt Books.

Tableau:

Pew Research Center’s Social & Demographic Trends Project. 2013. Second-Generation Americans. [online] Available at: <https://www.pewsocialtrends.org/2013/02/07/second-generation-americans/> [Accessed 28 August 2020].